René Raphy se raconte…

Propos receuillis en 2001 par Issa Nissa dans le magazine du Club des Supporters de l’O.G.C. Nice

« Je suis né dans les bidonvilles de la zone de Saint Mandé dans la banlieue parisienne le 27 décembre 1920.

Mon père étant mort à la guerre, ma mère devait élever cinq enfants et j’ai dû travailler tôt. A cette époque c’était par les patronages que l’on faisait du sport et j’y ai commencé à jouer au football. J’ai été remarqué par M. Weisz qui m’a emmené à l’Union Sportive Suisse de Paris en minimes. Puis il a démissionné et avec de nombreux collègues nous l’avons suivi au C.A.P. (Cercle Athlétique de Paris) qui avait son siège à Créteil.

Débuts de carrière

J’avais 14/15 ans et je tondais la pelouse, je séchais les maillots et gonflais les ballons, je repeignais les buts. J’avais un bon salaire (2000 francs par mois) et je pouvais m’entraîner avec l’équipe professionnelle. Un jour, Langiller, un des joueurs du C.A.P. et capitaine de l’équipe de France, se blesse. L’entraîneur autrichien Fischer (un poivrot notoire…) me dit : « Tu viens dimanche et tu joues ». J’ai donc débuté à 17 ans contre Nîmes Olympique que nous battons 5-2 et je marque deux buts. Le lendemain L’Auto, l’ancêtre de L’Equipe, a qualifié mon match d’ailier gauche comme excellent. Et je n’ai plus quitté le groupe pro.

La France, le football et la guerre

Malheureusement la guerre est arrivée et le football est passé au second plan. En 1942, le Stade Français et le C.A.P. fusionnent, pui deviennent l’équipe fédérale Paris-Ile de France pour le championnat national 1943/44.

Nous avions droit, le lendemain de la rencontre officielle, de jouer un match amical dit « de ravitaillement ». Les clubs que nous rencontrions nous remerciaient en nous donnant de la nourriture (des poulets, de la viande, du beurre, etc.…). Parfois nous pouvions acheter des victuailles en plus, et l’un d’entre nous était désigné pour revenir en train les chercher. Une fois, au retour, j’ai été arrêté par un Allemand à la Gare d’Austerlitz. J’avais beaucoup de valises ! Il m’accuse donc de marché noir. Je réponds que mon entraîneur m’a envoyé prendre le restant de ce que nous n’avions pas pu emporter la veille. Je demande s’il aime le football et s’il va au Parc des Princes. Il me répond « oui », je sors alors ma licence et lui indique que je suis un des joueurs qu’il va voir jouer ! Je m’en suis tiré avec une toute petite taxe. En juillet 1944, l’équipe fédérale est dissoute et je continue ma carrière au Stade Français-C.A.P.

Adieu Paris

Je pars jouer une saison au Stade Rennais puis, l’année d’après, je vais à Angers. J’y rencontre Ahmed Firoud qui va partir à Nice avec moi à la fin du championnat.

La saison 1947/48 va être superbe, puisque nous montons en première division, et l’engouement de la ville me rappelle un peu celui actuel. Par exemple, les établissements Thomas et Rosset qui fabriquaient des vélos ont décidé de faire cadeau d’une bicyclette à chacun des joueurs de l’équipe. Je me souviens aussi qu’après un match à Bordeaux, nous avions joué en amical le lendemain à Angoulême et, lors d’une tombola, Tylipski notre ailier avait gagné un…mouton, qu’il nous a proposé de transformer en méchoui. Défenseur des animaux comme je le suis, j’ai refusé et, l’ayant habillé d’un maillot de l’OGCN, j’ai ramené la bête en train à Nice où je l’ai surnommée « Champion ». Je l’ai confiée à M. Thibaut, le gardien du stade Saint Augustin (nous avons joué tout le championnat là-bas pour permettre la reconstruction du Ray) et, à chaque entraînement, je voyais ce brave mouton brouter près de nous. Je ne sais pas ce qu’il est devenu ensuite…

International

Après notre titre, curieusement, les dirigeants vont se séparer de presque tout l’effectif. On me demande si je veux jouer un match d’essai en Italie à San Remo contre l’Inter de Milan. J’accepte et je fais un très bon match en marquant un but.

On me propose d’aller à la Fiorentina. Mais, quand j’y arrive, je découvre que même sur le banc des remplaçants, il y a de grands joueurs. Je demande alors s’il n’y aurait pas un club de division deux ou trois où je pourrais être presque certain de jouer. Et me voilà engagé par la Sanremese. J’y fais une saison.

Un jour, Guirajo Garcia, qui avait déjà fait transférer en Espagne de grands joueurs français internationaux comme Hon, Domingo ou Luciano, vient me proposer justement la péninsule ibérique. Mais je n’étais pas libre car j’appartenais toujours à l’OGC Nice. Heureusement pour moi, une erreur administrative commise par le club me permet de me retrouver libéré de tout contrat et me voilà parti au Real Murcia. Je vais y rester trois ans avec beaucoup de succès et de buts.

C’est là que j’ai connu aussi ma première magouille dans le foot. Nous recevions La Corogne qui, en cas de défaite, était condamnée à la descente. Etant en milieu de tableau, nous n’avions plus aucune crainte. A la mi-temps nous menons 1-0 et, arrivé dans les vestiaires, j’y vois une grande agitation, des gens partout en train de discuter. Un de mes co-équipiers me dit alors : « Tu vois nos quatre joueurs là-bas, en seconde période, ils ne vont pas toucher un ballon ! ». Et effectivement nous avons perdu 4-1. J’étais furieux et, à la fin du match, j’ai dit ce que je pensais à un de nos dirigeants : j’étais en droit de toucher la prime de victoire de 2.500 pesetas puisque nous menions et je ne comptais pas en rester là. Il m’a immédiatement tendu l’argent. Qu’auriez-vous fait à ma place ?

Retour en France

A la fin des trois saisons, ma carrière se terminant, j’ai voulu rentrer en France et je suis revenu à Nice où, grâce à des diplômes que j’avais, j’ai été professeur de gym au Lycée Masséna. Mais en même temps, j’étais arbitre et j’ai été sélectionné pour arbitrer un match de Coupe du Monde Universitaire qui se jouait sur la Côte. J’entraînais aussi les jeunes du Cavigal et, comme j’avais de bons résultats, Armand Marino, l’un des dirigeants de l’OGC Nice, est venu me proposer d’y entraîner les jeunes. Je l’ai fait pendant deux ans et certains de mes « protégés » ont été promus par Luciano dans l’équipe du Gym qu’il va mener au titre de Champion de France 1959. Quand on m’a demandé quel salaire je voulais, j’ai répondu : « Aidez-moi à trouver moi un appartement ». Chose dite, chose faite, et j’y vis toujours ! »


Carte d’identité du footballer


Nom :  Raphy
Prénom :  René
Surnom :   P’tit Coq
Nationalité :  Française
Date de naissance :  27/12/1920
Lieu de naissance :  Saint-Mandé (Val-de-Marne)
Date de Décès :  11/05/2008
Lieu de Décès :  Peille (Alpes-Maritimes)
Poste :  Milieu de terrain


Sa carrière

René Raphy avec le maillot du Real Murcia.

Joueur :

  • Équipe fédérale Paris-Capitale (1943-1944)
  • Stade français (1944-1945)
  • Stade Rennais UC (1945 à 1946)
  • SCO Angers (1946-1947)
  • OGC Nice (1947 – janvier 1949)
  • US Sanremese Calcio (Italie, janvier 1949 – juin 1949)
  • AC Pistoiese (Italie, de 1949 à 1950)
  • Real Murcia (Espagne, 1950-1953)

Entaîneur :

  • Cavigal de Nice (1953-1954)

Son palmarès :

  • Champion de France de Division 2 en 1948 avec l’équipe de Nice

Sa lettre

En 2006, René Raphy adressait un message au Rayon :

Je revois encore l’emplacement du Rayon, le terrain de basket, la salle du théâtre, et puis l’intérieur de notre église où j’ai fait ma première communion, l’abbé Tremau, Savaète, etc… et puis Blainville avec le patro, Mademoiselle Lazare la cantinière et puis le potager derrière; les dortoirs, etc…

Robert Lamoureux, Ferlet, Abbé Semllanet, Grach, PG, notre maître à tous envoyé par notre Seigneur.

René Raphy né le 27 décembre 1920 à St Mandé, Seine, dans les bidonvilles de la zone du 24 de la Carnot opéré sur la table de la cuisine… par le Pr. Poçnon à la moelle épinière.

DONC, JE PENSE ETRE LE PLUS SAINT-MANDEEN DE TOUS ;

On jouait avec une balle de tennis au foot, quand un jour M. Weisz dirigeant de l’U.S. Suisse en haut du Bd Carnot, me dit « veux-tu jouer avec les minimes ? ». J’avais 12 ans, pensez…, la même année, j’ai joué avec les cadets, et nous fûmes champions de Paris, c’était la gloire pour les copains, M. Weisz m’a payé une paire de godasses de foot, paix à son âme, puis le Stade Français, ce fut la guerre, l’occupation par les allemands, j’ai joué avec l’équipe fédérale « Ile de France », … puis 2 ans en Italie la Fiorentina, puis 3 ans en Espagne, je suis revenu en France, j’étais avec les entraîneurs diplômés, je suis devenu entraîneur, et pédago. dans l’Education Nationale avec mon diplôme la 3F m’a bien aidé, j’ai été entraîneur de Dan Baseo, que je ne vous présente plus; je pense que cela est inutile.

Bien vous ne me verrez pas encore parmi vous, et si Dieu le veut, cela sera pour la prochaine fois, et mon gribouillis, si vous essayez de me lire, cela sera un grand travail pour vous, je vais essayer de monter à Paris, revoir mon Bd Carnot, le Rayon, mon église, et peut-être quelques-uns de mon époque, et tous les changements qui a dû se passer depuis le temps, voilà bien chers Amis, ce que je souhaite : mais que Dieu vous garde encore un peu. Amitiés. RAPHY

Saint-Mandé - Avenue Ste-Marie et Boulevard Carnot
Saint-Mandé – Avenue Ste-Marie et Boulevard Carnot
Saint-Mandé - L'Eglise et Grande-Rue
Saint-Mandé – L’Eglise et Grande-Rue
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